Karma Yangtchenn

Le garçon qui vivait avec les chiens

À voir Karma Yangtchenn aujourd'hui, on a du mal à croire qu'il fut un temps où il vivait, mangeait et dormait avec des chiens. Maintenant âgé de14 ans, il est pensionnaire dans une école Rokpa. Il porte des vêtements chauds, il est bien nourri et adore jouer au football avec son meilleur ami, Lobsang Gyamtso. Mais à l'âge de 10 ans, il n'avait que les chiens du village pour seuls compagnons. Il a vécu deux ans avec eux, partageant leur pitance et se recroquevillant parmi eux pour se protéger du froid glacial de la nuit au Tibet.

Karma Yangtchenn s'est en effet retrouvé seul à la mort de sa grand-mère qui s'occupait de lui depuis qu'il était tout petit. C'est à peine s'il se souvient de ses parents: il n'avait que deux ans quand son père a quitté les siens, et sa mère est tombée gravement malade peu après. Malheureusement, la mère de Karma Yangtchenn est morte, bien qu'on ait consacré toutes les ressources de la famille à acheter des médicaments. On a expliqué au pauvre gamin qu'un esprit était venu parler à sa maman pendant la nuit. N'ayant pas d'autres parents en mesure de l'accueillir, le garçon est allé vivre avec sa grand-mère, infirme et très malade. Celle-ci n'a, hélas, pas tardé à mourir elle à son tour, si bien qu'à dix ans seulement, Karma Yangtchenn s'est retrouvé totalement seul au monde.

Il raconte : « J'ai été forcé d'aller vivre dans la rue. Je n'avais rien à manger. Mes habits ressemblaient plutôt à des bouts de chiffons. » Craignant de mourir de froid à la température glaciale de l'hiver tibétain, Karma Yangtchenn est devenu ami avec une bande de chiens qui vivaient à la lisière du village. « Les chiens et moi, on dormait dans le local où est stockée la bouse de yak, parce qu'il faisait chaud. L'été, je montais parfois dans la montagne et je cueillais des simples pour les vendre et pouvoir m'acheter de la nourriture. L'hiver, il faisait très froid. Quelquefois, des gens me donnaient à manger. J'ai vécu près de deux ans avec les chiens. »

Karma Yangtchenn s'est sûrement cru condamné à vivre ainsi pour le restant de ses jours. Mais les moines d'un monastère voisin, qui avaient entendu parler de lui, se sont mis à lui donner des vivres et des vêtements. Un jour, un moine éduqué lui a annoncé qu'il lui avait trouvé une place dans une école Rokpa. Rokpa allait prendre en charge sa pension complète et son éducation. La nouvelle a dû paraître miraculeuse à Karma Yangtchenn qui déclare : « J'adore cette école. On a de bons vêtements, on est bien nourris. Je suis vraiment content et heureux d'être ici. »

Karma Yangtchenn a maintenant 14 ans et se donne beaucoup de mal pour rattraper le retard de toutes les années pendant lesquelles il n'est pas allé à d'école. Il aime beaucoup lire et passe des heures après la classe à dévorer ses manuels scolaires, pelotonné dans un coin. Serviable, plein d'égards et généreux, il cherche toujours à aider les autres. Pour Karma Yangtchenn, qui s'est retrouvé un jour seul au monde, Rokpa a fait bien davantage que de lui donner à manger, le vêtir et l'éduquer, puisqu'on lui a offert en même temps la possibilité de se faire des amis.

Un jour, une bénévole de Rokpa, professeur d'anglais à l'école de Karma Yangtchenn, a remarqué que le garçon et son meilleur ami, Lobsang Gyamtso, portaient chacun un gant de la même paire. Ils lui ont expliqué que Karma Yangtchenn avait reçu ces gants en cadeau et qu'ils avaient décidé de les partager : « Rokpa veut dire "aide" ou "aider", lui ont-ils dit, mais ça signifie aussi "être amis". »